Le Bleed et le Blues
Définitions Dans le cadre du GN, où l’expérience vécue est souvent immersive et émotionnellement intense, il est courant que les frontières entre le personnage et...
Définitions#
Dans le cadre du GN, où l’expérience vécue est souvent immersive et émotionnellement intense, il est courant que les frontières entre le personnage et la personne qui le joue deviennent floues. Ce phénomène est connu sous le nom de bleed, et peut être suivi d’un état émotionnel appelé blues post-GN. Ces notions sont importantes à comprendre pour favoriser un jeu sain, réfléchi et respectueux.
Le Bleed#
Le bleed désigne le phénomène de perméabilité par lequel les émotions, pensées ou réactions du personnage influencent la personne qui le joue, ou inversement.
Il existe deux types de bleed :
- Bleed-in : lorsque des émotions, opinions ou vécus personnels influencent la manière de jouer le personnage.
Exemple : deux personnes qui ne s’apprécient pas dans la vie réelle, et qui auront donc des difficultés à jouer un couple - Bleed-out : lorsque les émotions vécues en jeu affectent la personne hors-jeu, même après la fin du GN.
Exemple : après une trahison en jeu, un joueur peut ressentir de la rancœur envers une autre personne, même si cela n’a aucun fondement hors-jeu.
Le bleed n’est pas un problème en soi. Il peut enrichir le jeu, approfondir les émotions et créer des souvenirs puissants. Mais il peut aussi devenir lourd à porter si les émotions négatives ou intenses ne sont pas correctement identifiées ou gérées.
Le Blues#
Le blues post-GN désigne le sentiment de vide, de nostalgie, ou de tristesse que peuvent ressentir les joueur·euses après un jeu particulièrement intense ou marquant.
Ce phénomène peut survenir :
- Après une immersion forte dans un personnage ou un univers.
- Lorsque le retour au quotidien semble fade ou brutal.
- En cas de liens forts noués en jeu, qui ne trouvent pas de continuité hors-jeu.
- Si l’on a vécu des émotions non résolues ou des situations émotionnellement complexes.
Le blues peut durer quelques heures ou plusieurs jours. Il est fréquent, normal et humain.
Conseils pour gérer le bleed et le blues#
Pour les joueur·euses
- Participer à un debrief émotionnel (cercle de parole, discussion avec un·e ami·e, moment de retour à soi).
- Nommer ce qu’on a ressenti : poser des mots aide à distinguer ce qui appartient au personnage et ce qui appartient à soi.
- Rester bienveillant avec soi-même : il est normal d’être ému·e, triste, perturbé·e.
- Échanger avec d’autres joueur·euses qui ont vécu la même expérience.
Pour les organisateur·ices
- Prévoir un temps de décompression après le jeu.
- Encourager les échanges post-GN (groupes de discussion, canaux de retour, etc.).
- Avertir dans la note d’intention ou les briefs si le GN aborde des thèmes susceptibles de générer du bleed.
- Proposer ou faciliter l’accès à des dispositifs de sécurité émotionnelle (X-card, opt-out, safe zone, etc.).
Ces conseils restent indicatifs, bien évidemment
Risques liés au Bleed#
Confusion entre jeu et réalité#
Il devient difficile de séparer ce que le personnage ressentait de ce que moi je ressens. Cela peut mener à des tensions, incompréhensions ou blessures émotionnelles.
Un joueur se sent trahi en jeu… et commence à en vouloir sincèrement à la personne qui a “trahi” son personnage.
Réactivation de traumas#
Un GN peut involontairement réveiller des douleurs enfouies. Si le joueur·euse n’était pas préparé·e, cela peut provoquer un mal-être profond.
Une scène d’humiliation publique, prévue comme “ludique”, touche une corde très sensible liée à un vécu personnel.
Barrières émotionnelles floues#
Certains joueur·euses très impliqué·es émotionnellement peuvent avoir du mal à sortir du personnage, à laisser l’émotion derrière eux à la fin du jeu.
On continue à rêver, ressasser, ou à agir “en personnage” plusieurs jours après la fin.
Projections interpersonnelles#
On peut projeter sur d’autres joueur·euses des affects qui ne leur appartiennent pas. Cela peut compliquer les relations hors-jeu, voire générer des malaises.
On tombe amoureux en jeu, et on croit que le lien est réciproque hors-jeu, ce qui n’est pas toujours le cas.
Charge émotionnelle excessive#
Un GN trop intense, sans cadre de sécurité ou sans debriefing, peut laisser les joueur·euses “vidé·es”, frustré·es ou en détresse.
Un joueur met plusieurs jours à se remettre émotionnellement d’une scène violente ou d’un échec déchirant en jeu.
Ressources utiles#
Bleed : The Spillover Between Player and Character
Pervasivité, effet Bleed & cercle magique
Investigating Types of Bleed in Larp: Emotional, Procedural, and Memetic
