De la bonne utilisation du système de flag (piste de réflexion)
Le système de flags protège les participant·es et contribue à assurer leur sécurité lors d’un GN. Il peut toutefois devenir un outil De la bonne...
Le système de flags protège les participant·es et contribue à assurer leur sécurité lors d’un GN. Il peut toutefois devenir un outil De la bonne utilisation du système de flags
Le système de flags protège les participant·es et contribue à assurer leur sécurité lors d’un GN. Il peut toutefois devenir un outil d’exclusion sociale, particulièrement dans une communauté aussi petite que celle du GN francophone, lorsqu’il devient un mécanisme permettant d’écarter une personne avec laquelle on ne souhaite simplement pas jouer.
Trois types de flags sont à retenir.
1. Le « red flag »
Le « red flag » doit concerner uniquement des comportements graves, tels que des faits de violence susceptibles de mettre des participant·es en danger.
Il ne s’agit pas de demander aux organisateur·ices de se substituer à un tribunal ou à un service d’enquête : on n’exigera donc pas de la victime qu’elle apporte les preuves de ses dires.
Néanmoins, puisque le red flag peut entraîner l’exclusion d’une personne, les organisateur·ices doivent apprécier l’existence d’un risque crédible, afin d’éviter qu’un système conçu à l’origine pour protéger les victimes et les participant·es puisse être détourné : flag de représailles, règlement de conflits personnels, etc.
L’anonymat de la personne signalant des faits graves est indispensable à sa sécurité et doit être respecté.
Les faits relevant d’un red flag sont :
- Violences physiques : coups, étranglement, séquestration, agression physique volontaire, …
- Violences sexuelles : agression sexuelle, viol, attouchements non consentis ou actes sexuels imposés.
- Violences psychologiques : menaces, intimidation, humiliations répétées, harcèlement, coercition, grooming, stalking, chantage, isolement imposé ou autres comportements d’emprise susceptibles de mettre en danger la santé mentale ou physique d’une personne.
- Discriminations graves ou répétées : traitement dégradant d’une personne en raison de son origine, genre, orientation sexuelle, handicap, religion, …
- Violences conjugales ou intrafamiliales
- Violation grave et délibérée du consentement en GN, initier ou poursuivre une action de nature physique, sexuelle ou possiblement traumatisante sans le consentement de la personne ciblée.
- Mise en danger délibérée : comportement manifestement dangereux, utilisation d’une arme de façon à mettre les autres joueureuses en danger, agir sous l’emprise de substances.
2. Le « yellow flag »
Tout·e participant·e doit pouvoir poser cette limite, même si la personne signalée en jaune n’a commis aucune faute.
Il arrive parfois que des personnes ne s’apprécient pas ou que leurs manières de jouer soient incompatibles. Cela ne signifie pas que l’une d’elles devrait être exclue de la communauté. L’organisation devra, dans la mesure du raisonnable, s’assurer de donner à ces deux personnes des rôles qui ne les obligent pas à interagir étroitement, ou d’une certaine manière (relation amoureuse ou hostile time in par exemple).
À noter également : il arrive que des personnes proches dans la vie de tous les jours — un couple, des ami·es, un parent et son enfant, etc. — ne souhaitent pas avoir à jouer ensemble dans certains GN. Le yellow flag n’est donc pas toujours motivé par un conflit.
Une question subsiste néanmoins quant à l’anonymat de la personne ayant posé un yellow flag : si la personne visée ignore tout de celui-ci, ne risque-t-elle pas, puisqu’elle ne sait pas qu’une interaction avec elle n’est pas souhaitée, d’interagir malgré tout avec la personne qui l’a signalée en jaune ?
3. L’« orange flag »
L’orange flag laisse à un·e joueur·euse la possibilité de dire : « Si cette personne participe, je ne participe pas. »
Il est important de préciser qu’il ne doit pas s’agir d’une demande adressée aux organisateur·ices afin qu’iels choisissent un·e joueur·euse plutôt qu’un·e autre ou qu’iels excluent quelqu’un.
Il s’agit simplement, pour l’organisation, d’avertir l’auteur·ice du flag de la présence de la personne signalée :
« Nous voyons que tu as indiqué ne pas souhaiter participer si telle personne est présente. Ce sera en l’occurrence le cas. Nous te laissons donc le choix de maintenir ou non ton inscription, puisqu’il n’existe pas de motif justifiant d’exclure cette personne de notre jeu. »
L’orange flag peut en effet comporter un risque de dérives : copinage, rapports de popularité, gatekeeping, conflits entre groupes ou accumulation de flags résultant d’un même conflit. Par exemple : « Je demande à mon ami·e qui participe au même GN que moi de flagger également la personne que je ne souhaite pas voir. »
Le milieu du GN étant petit, ce phénomène peut se reproduire d’événement en événement. Une personne disposant de peu de relations peut alors se retrouver exclue de plusieurs GN sans nécessairement avoir commis d’actes justifiant une exclusion pour des raisons de sécurité.
En cas d’incompatibilité personnelle, c’est le yellow flag qui doit être utilisé. Si des faits suffisamment graves apparaissent pour poser une véritable question de sécurité, ils relèvent alors du red flag et doivent être traités comme tels.
Les faits relevants d’un yellow flag ou d’un orange flag sont :
- Inimitié ou conflit personnel : mésentente entre deux personnes, dispute isolée
- Rupture amoureuse, sans comportement abusif : ne pas vouloir jouer étroitement avec son ex, ou avec le nouveau / la nouvelle partenaire de son ex.
- Amitié rompue ou conflit ancien rendant les relations délicates.
- Incompatibilité de styles de jeu : une personne joue de façon trop intense ou trop compétitive.
- Malaise personnel : le fait de ne pas être à l’aise en présence d’une personne sans transformer ce malaise en accusation (le malaise peut provenir de ses insécurités propres).
- Besoin de distance temporaire après une situation émotionnellement chargée.
- Relations professionnelles ou hiérarchiques : ne pas souhaiter jouer avec son professeur, son élève, son patron, son employé, …
- Proximité dans la vie réelle : couple, membres d’une famille, amis, qui souhaitent profiter du GN sans spécialement passer de temps ensemble.
- Thématiques personnelles sensibles : ne pas vouloir jouer un certain de types de relations avec certaines personnes, sans que cela soit une accusation.
- Expérience de jeu antérieure désagréable mais non dangereuse : un·e joueur·euse monopolise les scènes, sort l’autre de son immersion un peu trop souvent etc…
Anonymat et responsabilité
Si le système est correctement appliqué, il n’est jamais nécessaire de dévoiler à la personne signalée l’identité de la personne à l’origine du signalement.
Dans le cas du red flag — donc d’un signalement portant sur des faits graves —, l’identité de la victime ayant effectué le signalement doit toujours être protégée.
Dans le cas des yellow et orange flags, le signalement est sans conséquence directe sur la personne signalée, s’ils sont appliqués comme décrit ci-dessus : le yellow flag vise simplement à éviter certaines interactions ; l’orange flag n’entraîne pas l’exclusion de la personne signalée.
Néanmoins, lorsque ce n’est pas le cas et que les yellow et orange flags sont utilisés pour exprimer des reproches mineurs ou régler des conflits interpersonnels, il faut privilégier, lorsque cela est possible et approprié, la médiation entre les personnes. Elle permet une remise en question mutuelle et la définition de limites qui permettront à chacun·e de participer sereinement au GN.
L’anonymat peut, dans ces circonstances, générer de l’anxiété, de la méfiance, de la paranoïa et de l’isolement chez la personne rejetée, particulièrement injustes et délétères en l’absence de faits graves.
La confidentialité nécessaire à la protection d’une personne est à distinguer de l’opacité d’un système d’exclusion.
Ne pas abandonner la personne rejetée
Le rejet peut être très violent émotionnellement pour la personne qui le subit, particulièrement dans une communauté aussi petite, où le GN constitue souvent une part importante de la vie sociale.
Les organisateur·ices doivent prendre en considération l’impact de leur décision sur la personne exclue et l’accompagner de façon humaine. Iels doivent lui communiquer les raisons concrètes qui motivent son exclusion, sans pour autant révéler des informations susceptibles de mettre en danger une victime ou de permettre son identification.
Dans le cas où la personne aurait commis des violences, une redirection vers une association prenant en charge les auteur·ices de violences ou d’agressions peut être souhaitable.
Les organisateur·ices n’ont pas à jouer le rôle de psychologues, mais iels peuvent indiquer à la personne exclue où trouver des ressources adaptées.
La communication est essentielle. Une exclusion répétée, incomprise ou perçue comme injuste, sans possibilité de dialogue, peut avoir des conséquences très lourdes sur la santé mentale.
Une décision assumée par les organisateur·ices
Les organisateur·ices doivent assumer leur décision.
Des discours tels que : « Quelqu’un a posé un flag, nous n’avons pas le choix » ne sont pas souhaitables.
Il est préférable de dire : « Nous avons examiné la situation avec attention et avons décidé de t’exclure pour telle et telle raison. »
Cela protège la confidentialité de la personne qui effectue un signalement tout en empêchant que celle-ci dispose d’un pouvoir d’exclusion automatique et absolu.
Un système de flags sain doit protéger les participant·es contre les comportements dangereux sans transformer les affinités et les inimitiés en pouvoir d’exclusion.
Il doit, en d’autres termes, protéger les victimes sans en créer de nouvelles.
Cas de figure
Les situations suivantes sont basées sur des témoignages reçus.
Cas n° 1 : accusation d’antisémitisme dans un contexte de désaccord politique
Un·e joueur·euse pro-Israël red flag pour « antisémitisme » un·e autre joueur·euse pro-Palestine qui n’est pas antisémite, mais partage sur Facebook des publications relatives à son soutien à la Palestine.
Que fait-on ?
Red flagger une personne en raison de comportements antisémites paraît évidemment légitime. Mais la personne pro-Israël peut être honnêtement convaincue que défendre la Palestine constitue en soi de l’antisémitisme, même si ces deux notions ne se confondent pas.
Que doit faire l’organisation dans ce cas ?
Si la règle veut qu’« on ne questionne pas un red flag », que fait-on lorsque la personne affirme : « Si je vous dis que cette personne est antisémite, c’est parce que je ne me sens pas en sécurité avec elle » ?
L’organisation doit-elle considérer automatiquement cette qualification comme suffisante, ou doit-elle chercher à comprendre quels comportements concrets sont à l’origine du sentiment d’insécurité, sans pour autant exiger de la personne qui signale qu’elle « prouve » son vécu ?
Cas n° 2 : conflit time in, bleed et yellow/red flag
Prenons un GN médiéval-fantastique.
La famille A et la famille B vont s’unir par un mariage, devenant ainsi la plus grande force militaire du pays. Cela n’arrange pas les ennemi·es juré·es de la famille A : la famille C.
Cette dernière envoie donc une espionne séduire le futur époux, time in, afin de faire capoter le mariage.
La joueuse incarnant la mariée, time in, s’est beaucoup investie time out dans cette intrigue de mariage. Elle ne gère pas correctement son bleed, prend personnellement les actions de l’espionne et en est sincèrement blessée.
Pour le prochain opus, elle flag donc l’autre joueuse, qui ne pourra pas être présente parce que la première aura déclaré ne pas se sentir en sécurité avec elle. De fait, cette histoire de mariage fait ressortir chez elle des choses difficiles.
Mais comment faut-il gérer cette situation ?
La personne flaggée représente-t-elle réellement un danger ? Ou s’agit-il d’un flag visant à ne pas avoir à jouer avec quelqu’un qui contrecarre ses projets time in et la confronte involontairement à ses propres insécurités time out ?
Le sentiment d’insécurité suffit-il, à lui seul, à justifier l’exclusion d’une autre personne, ou faut-il distinguer le sentiment éprouvé de l’existence d’un comportement dangereux ?
Cas n° 3 : un agresseur signale sa victime
Un agresseur très populaire dans le milieu du stand-up signale sa victime en rouge.
La victime est alors écartée, au motif que « l’on ne questionne pas un red flag ».
Lorsque la victime fournit ensuite des aveux écrits de son agresseur, l’organisation décide finalement d’exclure également celui-ci, mais maintient sa décision d’écarter la victime.
Ce cas pose directement la question du red flag utilisé comme outil de représailles : comment un système destiné à protéger les victimes peut-il éviter qu’un agresseur ne l’utilise lui-même pour isoler ou exclure sa victime ?
Il illustre également la nécessité de distinguer deux principes : prendre au sérieux un signalement sans exiger d’une victime qu’elle démontre immédiatement les faits qu’elle rapporte ne signifie pas qu’un signalement doive produire automatiquement l’exclusion de la personne signalée, sans aucune appréciation de la situation par les organisateur·ices.
